Entretien avec Cindy Falquet #2


Cindy Falquet est franco-suédoise, membre du Conseil d’Administration et Chargée des Affaires Publiques de l’association suédoise FATTA. Elle discute dans ce second entretien du #MeToo suédois, de la sensibilisation à l’égalité et le respect entre les filles et les garçons à l’école et partage son point de vue suédois sur la situation de la France sur la question des violences faites aux femmes.







INFORMATIONS GENERALES SUR LA SUEDE


Toutes les informations à propos de l'association FATTA, de la loi du principe de consentement et de la Suède sont disponibles dans la premier partie de l'entetien aevc Cindy Falquet ici

ENTRETIEN REALISE EN NOVEMBRE 2020

Entretien #2


L’association FATTA dont tu fais partie cible aujourd’hui davantage les entreprises pour y faire des formations sur le consentement. Pourrais-tu davantage me parler de la raison pour laquelle FATTA se lance dans ce projet ?

Cindy Falquet : C’était à la suite de #MeToo qui a été en Suède bien plus important qu’en France. Les pouvoirs publics suédois se sont saisis du mouvement parce qu’il y a eu énormément de témoignages dans toutes les branches professionnelles et les têtes ont roulé. Des gens très haut placés ayant commis des délits se sont réellement fait virer, même en politique. Un vice-maire de la ville de Stockholm, en charge de la culture, a été licencié. Ça a été un raz-de-marée, je pense que ça n’a rien à voir avec la France ! Chaque secteur professionnel a été obligé de mettre en place des plans de prévention des violences sexuelles dans le cadre du travail. #MeToo a été pris très au sérieux, ça n’a pas rigolé.


FATTA accompagne donc ces plans de préventions ?

C.F. : En fait en Suède les employeurs ont une compétence obligatoire réglée par le code du travail qui est l’obligation de prévenir des violences faites sur le lieu du travail, notamment les violences sexuelles. Souvent les employeurs ne sont pas compétents sur le sujet. Evidemment, ils veulent éviter ces violences, parce que ce n’est bien pour personne, pour l’image de marque c’est mauvais ! Ils sont donc très motivés pour réaliser des préventions mais n’ont pas les méthodes, les outils. A la suite de #MeToo, FATTA a reçu un petit financement de l’agence de l’égalité des genres pour créer justement un matériel, des outils, pour aider les employeurs sur le lieu du travail à se former et à former leur personnel pour créer une culture du consentement en lieu professionnel.


Nous avons fait une série de petites vidéos impliquant des acteurs suédois connus qui ont participé bénévolement, c’est efficace pour communiquer sur ces types de problématiques, pour comprendre qu’on n’a pas tous les mêmes limites et qu’il faut l’accepter, qu’il y a des choses évidentes pour toi mais pas tolérées par les autres, inciter les personnes victimes de violences à parler, à ne pas tout accepter et ne pas hésiter à porter plainte… L’idée est de faire en sorte que les violences sexistes et sexuelles n’arrivent plus, c’est de la prévention permanente.


Nous formons aussi nous-même, nous avons créé plusieurs formats : de 30 minutes de formation à une journée complète. Nous avons des workshops spécialisés, nous sommes très flexibles pour s’adapter à toutes les structures. Les formations professionnelles sont un de nos gros projets. A côté nous avons aussi le consentement à l’école qui est un problème.


#MeToo a été en Suède bien plus important qu’en France. Les pouvoirs publics suédois se sont saisis du mouvement parce qu’il y a eu énormément de témoignages dans toutes les branches professionnelles et les têtes ont roulé.

Oui ! D’un point de vue français, la Suède est très souvent placée comme exemple en matière d’égalité entre les femmes et les hommes, notamment grâce à votre système de sensibilisation qui commence dès la maternelle. Est-ce réellement le cas ?

C.F. : Oui, nous parlons d’égalité des genres à l’école et oui, nous parlons de stéréotypes de genre et des limites dans les relations. Par exemple, les enfants apprennent l’expression « Stopp min kropp », ça veut dire « Stop, c’est mon corps », pour apprendre à matérialiser leurs limites. En Suède on ne fait pas la bise, on se serre dans les bras, et ces sensibilisations font en sorte que les enfants puissent comprendre qu’ils ne sont pas obligés d’être soulevés de terre et d’être serrés dans les bras s’ils ne veulent pas, même si c’est un adulte qui le veut. Cela fait vraiment partie du système éducatif. En revanche, la Suède n’est toujours pas bonne en matière d’éducation sexuelle. Encore une fois, les cours d’éducation sexuelle aujourd’hui ne parlent pas de la loi du consentement alors qu’elle existe depuis deux ans. C’est sûrement mieux qu’en France en termes de contenu mais ce n’est pas satisfaisant.


Quand on pose les questions aux jeunes « Qu’est-ce que le consentement pour vous » ? « Comment peut-on voir si une personne est consentante ? », les réponses sont déplorables. Une enquête sur le sujet a été réalisée en 2018, avant la loi du consentement mais c’est tout de même une bonne représentation. Les jeunes répondaient à ces questions par « à partir du moment où on arrive au lit avec quelqu'un ça veut dire qu’il y a un consentement. » Eh non ! Il y a donc un gros problème mais la jeunesse est aussi super engagée. Des lycéens ont créé une association qui s'appelle "L'éducation sexuelle que vous n'avez jamais eue" pour essayer de créer du contenu à jour pour ces cours d’éducation sexuelle. Ils trouvent que ce n’est pas loyal d’avoir fait passer une loi qui les concerne directement sans leur donner les outils pour la comprendre et la respecter.


Aussi, il faut savoir qu’en Suède les communes sont responsables de l'école du primaire au secondaire. Donc par rapport à cette problématique des cours d’éducation sexuelle, la ville de Stockholm, par exemple, a déclaré ne plus attendre le gouvernement sur cette question et regardera elle-même le contenu pour littéralement « faire en sorte qu'il y ait une culture du consentement et faire quelque chose de bonne qualité. »



Il y a ce côté où la population souhaite réellement cette culture du consentement mais il y a cet autre côté où le gouvernement n’est pas réceptif.

C.F. : Il est réceptif mais chez nous le système éducatif est un peu différent de celui de la France. Pour ce qui est du programme scolaire, il y a des objectifs d’éducation qui sont déterminés par matière au niveau national mais c’est moins régulé qu’en France. On ne décrit pas la manière dont il va les atteindre. Chaque école, chaque recteur décide des méthodes d’apprentissage et des contenus des cours.


Cela peut être en soi intéressant parce que ça laisse de la flexibilité et permet au personnel éducatif d'être impliqué dans l’apprentissage des élèves et à mieux répondre à leurs attentes au cas par cas. Mais cela peut devenir problématique. Sur le sujet de l’éducation sexuelle, si le gouvernement n’écrit pas noir sur blanc qu’il faut parler de consentement ça ne sera pas fait. Parce qu’aujourd’hui il n’y a pas de professeur d'éducation sexuelle au même titre qu’un professeur de mathématiques. Il n’y a pas de formation pour devenir professeur d'éducation sexuelle ni de ligne directrice pour guider les autres professeurs à faire ce cours.


A l’heure actuelle la proposition de réforme des objectifs pour ces cours au niveau national est sur le bureau de la ministre de l'éducation nationale depuis un an et demi et on ne sait pas trop pourquoi. C’est très frustrant, donc on est en train de préparer une campagne pour nous rappeler à son bon souvenir [rire].




Tout de même, pour l’Etat, l’égalité des genres et les violences faites aux femmes sont des sujets importants pris au sérieux ?

C.F. : Oui bien sûr. Notre ministre de l'égalité des genres est verte, c'est mon ancienne boss d'ailleurs [rire], et notre gouvernement se dit lui-même féministe. Il est pour le féminisme dans tous les domaines. Cela explique d'autant moins pourquoi cette proposition de réforme est en attente ! Mon copain travaille pour les sociaux-démocrates, à nous deux on connaît pas mal de gens qui travaillent directement sur la question et on n'arrive pas à savoir pourquoi ce truc-là n'avance pas ! En général FATTA est plutôt constructif. On ne va pas à la confrontation s'il n’y en a pas besoin, on va plutôt rester fairplay. Quand un sujet n’avance pas on appelle, on va directement voir les concernés. On ne commence pas par écrire des articles en colère dans les journaux, on commence par le débat et le dialogue. Mais cette fois-ci on en a marre d'attendre du coup on part en campagne [rire].


Si on compare à la France, il y a beaucoup plus d'aspects pro-égalité des genres qui sont évident pour tout le monde. Par exemple, les femmes ne se font pas siffler dans la rue. Le sexisme ordinaire n’est pas du tout accepté.

Le gouvernement se déclare publiquement en tant que féministe, ce n’est pas du tout le cas en France. Comment le féminisme est-il perçu en Suède ?

C.F. : Si on compare à la France, il y a beaucoup plus d'aspects pro-égalité des genres qui sont évident pour tout le monde. Par exemple, les femmes ne se font pas siffler dans la rue. Le sexisme ordinaire n’est pas du tout accepté. Dans des réunions professionnelles, ça ne m’est jamais arrivé en 5 ans de vie publique suédoise que mes collègues masculins fassent un commentaire sur mon physique ou autre parce que je suis une femme. Ce n’est pas du tout professionnel de le faire. Ça ne veut pas dire que ça n’existe pas mais il y a une conscience collective sur le sujet beaucoup plus élevée qu'en France.


Ce qui est intéressant c'est que depuis 3 ans, il y a une espèce de vague conservatiste. Il y a les chrétiens démocrates et les démocrates de Suède qui existent dans notre beau pays qui équivalent au Front National, en plus poussé… et ils essaient de vendre un féminisme qui n'en est pas un. Par exemple sur le sujet des congés parentaux.


Pourquoi sur ce sujet ?

C.F. : En Suède, les congés parentaux sont généreux. Un couple a 480 jours de congé par enfant qu’il peut se répartir entre eux. Dans ces 480 jours, 90 sont réservés pour chaque parent. Si un des parents ne prend pas ces trois mois de congés, ils sont perdus par la famille. L’idée ici est de faire en sorte que les papas prennent ces congés parentaux. Nous essayons constamment d’augmenter le nombre de mois obligatoires pour forcer les pères à prendre des congés parentaux parce que c’est le seul moyen qui fonctionne. C’est un sujet que les conservateurs critiquent beaucoup sous couvert de féminisme.


Ils disent que lorsque nous faisons passer des congés obligatoires pour les papas ça désavantage les femmes qui ont envie de rester à la maison un an et demi. Si leur conjoint prend ses mois obligatoires, ça leur en fait perdre. N’importe qui comprend que ce n'est pas du tout féministe, c'est plutôt conservateur. Il ne faut pas se leurrer, depuis la nuit de temps les pères n’ont pas pris de congés parentaux parce qu'ils n’étaient pas obligés de le faire. Aujourd’hui ça commence à bouger parce qu'il y a une obligation. Si demain on lâche cette obligation, nous allons revenir à zéro.


Du coup on sait que depuis trois ans, il y a une vague de pseudo-féminisme, de conservatisme sous couvert de féminisme, qui déclare "que le féminisme est allé trop loin, que les bobos qui sont pro-LGBT, non-binaire, pour le féminisme, ce n’est que du bluff, que c'est politiquement correct, qu’il n’y a pas de fond, et que ça va à l'encontre des libertés individuelles." Ce n’est pas l’opinion publique prédominante parce qu’ils n’ont le pouvoir mais ça ne veut pas dire que ce ne sera jamais le cas. Ça fait vraiment partie du débat et il ne faut pas qu'on déconsidère leur potentiel.



Selon toi, comment expliquer la divergence des pays sur la question de l’égalité des genres et des violences faites aux femmes après les années 50 ? Pourquoi la France est-elle restée plus conservatrice que la Suède ? Pourquoi le sexisme ordinaire n’a pas persisté en Suède contrairement à la France ?

C.F. : La réponse courte : les politiques familiales. Il y a eu en Suède des réformes très importantes dans ce cadre. Par exemple, les suédois ont la garantie d’une place en crèche à partir des uns ans de l’enfant et le prix est fixé en fonction des revenus des parents, plafonné au plus haut à 110 euros par mois par enfant avec repas inclus. Ce n’est rien du tout ! Ce service-là est très important parce que la garde des enfants est une trappe à inactivité pour les femmes. En France c'est compliqué et cher pour faire garder les enfants, c'est clair que le couple perd plus d’argent en mettant un enfant à la crèche ou en le faisant garder que d’enlever le plus petit des deux salaires, qui est souvent celui de la femme, pour rester s’occuper des enfants à la maison.


Cette politique familiale suédoise des crèches a été très importante. Elle a permis aux femmes de continuer à travailler et de gagner leur argent. La Suède a un taux d'activité des femmes qui est presque aussi élevé que celui des hommes. Il me semble que 86% des hommes travaillent contre 83% des femmes, c’est le taux le plus haut d’Europe. Ensuite mécaniquement, puisque les femmes sont très présentes sur le marché du travail, au bout d'un moment elles ne peuvent plus accepter de ne pas ouvrir la bouche en réunion ! Elles finissent par avoir des réseaux plus ou moins aussi efficaces que les hommes, elles arrivent aux positions de dirigeants que ce soit dans les entreprises ou dans la sphère publique.


Ça ne veut pas dire qu'on est des bons élèves partout. Dans le domaine public on est bien. Il y a des femmes dirigeantes d'entreprises publiques, beaucoup de maires dans les villes, de dirigeantes de région. En revanche, dans la sphère privée, les grands dirigeants d'entreprises sont pour la plupart des hommes. Je crois que le taux de femmes dirigeantes dans la sphère privée est de 10%, c’est ridicule. Le secteur privé est à la traîne et cela soutient la thèse que le vecteur de réussite est vraiment les politiques publiques conscientes. S’il n’y avait pas eu de vraies réformes comme la prise en charge des enfants mais aussi des congés parentaux, nous n’en serions pas là. Le fait d'avoir des papas qui sont actifs dans la famille, qui s'occupent des enfants, qui défient les rôles de genres traditionnels, fait évoluer les mentalités.

Plus les femmes vont au travail, plus elles prennent de la place, plus on est obligé de leur laisser.

C.F. : Oui, je pense que l'égalité est très liée au domaine du travail. Grâce aux congés parentaux le papa est maintenant obligé de s’occuper des enfants mais cela touche aussi la discrimination à l’embauche ! Les femmes sont discriminées à l'embauche parce qu’entre 20 et 35 ans l’employeur s'attend à ce qu'elles prennent des congés maternités… mais maintenant en Suède c'est valable pour les deux ! Grâce à ces changements il y a vraiment une prise de conscience de la population. Mais ça a été une volonté politique de mettre ces problématiques en haut de l'agenda, de mettre en place des mécanismes de protection contre les discriminations de genres, ce n’est pas tombé du ciel, ce sont les politiques publiques !


En France il y a aussi souvent un problème sémantique. On parle tout le temps des drames ou d’affaires de jalousie pour qualifier de violences. Je trouve qu'on ridiculise le problème.

Oui, ces questions ne sont pas la priorité de la France bien qu’Emmanuel Macron l’eût annoncé au début de son mandat. J’ai une dernière question concernant la France avant de passer à celles que je pose à toutes les personnes avec qui je m’entretiens. De quelle manière vois-tu la France en termes de violences sexistes et domestiques ?

C.F : La différence est qu’en France ces questions ne sont pas structurelles. Le gouvernement délègue beaucoup à l'associatif, aux refuges, aux ONG. En Suède, la prise en charge et la prévention des personnes victimes de violences sexuelles sont des compétences obligatoires des communes et se font par les services sociaux. En plus de cela tout le système social et juridique suédois est beaucoup plus au fait sur ce sujet. C'est-à-dire qu'on incite les gens à déposer plainte, nous suivons les plaintes, nous faisons en sorte qu'il y ait une suite à chaque fois.


Je regardais une émission en France il y a deux jours. C'était horrible, une femme, dont l'ex-compagnon la menaçait de mort, devait constamment déménager avec ses enfants. J'ai l'impression qu'il n'y a pas de suite pour cette personne. Il n’y a aucune protection qui a été mise en place pour l’aider alors qu'en Suède, encore une fois, c'est une compétence obligatoire des communes. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de manque et que tout est parfait en Suède. Mais j'ai l'impression qu’on a construit un système qui travaille pour ne pas laisser une seule personne victime de violence en plan.


En France il y a aussi souvent un problème sémantique. On parle tout le temps des drames ou d’affaires de jalousie pour qualifier de violences. Je trouve qu'on ridiculise le problème. Ce ne sont pas les armes de la jalousie qui poussent un homme à agir comme ça, on parle de violences. Les hommes qui battent leur femme ou qui les tuent, ce n’est pas normal. Même si elles ont été infidèles, on s'en fiche ! Rien ne justifie de tuer quelqu'un. Aussi j’ai l'impression que, quelque part, chaque avancée sur ce type de sujet est vu comme un cadeau fait aux femmes, alors que la société leur doit !



Très souvent, lorsqu’on parle de « limiter » quelqu'un, le débat dérive directement sur la "liberté d'expression". Mais quand ça touche la santé et la vie de quelqu'un, on n’est pas du tout sur le sujet de la liberté d’expression ! C'est assez étrange parce sur des problématiques comme le féminicides, on imagine que tout le monde va être d'accord pour protéger les femmes, mais ce n'est pas le cas. Il faut aussi que l'Etat se responsabilise et mette de l'argent sur la table pour réellement avancer.

C.F. : C’est clair que ça coûte ! Les services sociaux coûtent de l’argent mais pour les gens qui n'entendent pas les arguments "humanitaires", les arguments financiers existent aussi. La violence coûte beaucoup chaque année. Les personnes victimes ont des vies détruites, tu ne peux pas travailler quand tu es victime de violences… Quand on fait l'analyse macro-financière, on rentre aussi dans le budget en faisant de la prévention ! Donc l’argument « ça coûte trop d’argent » est idiot. Il n'y a rien qui peut justifier l'inaction.


Une association suédoise "AllBright" s'intéresse justement à l’argent autour de l’égalité des genres. Des recherches montrent que plus les entreprises et les organisations ont des équipes paritaires ou mixtes, meilleures sont les décisions qu'elles prennent et donc vont économiquement mieux. Cette association arrive à faire comprendre à des entreprises que l’égalité va aussi dans leur sens économique. C’est intéressant de voir que les entreprises finissent par comprendre. C’est un peu ce que fait FATTA en essayant de rendre le consentement sexy. Le problème c'est que la rhétorique des droits de l'homme, des libertés fondamentales, ça ne fonctionne pas avec tout le monde. Il faut trouver des approches différentes pour arriver à nos fins.


Non, bien sûr, tous les hommes ne sont pas violents. Mais la plupart des agresseurs sont des hommes et il faut que les hommes, aujourd'hui, soient solidaires pour faire changer ce genre de choses !

Je vais te poser deux dernières questions. La première : que dirais-tu à une personne qui pense que les violences faites aux femmes sont une invention féministe ?

C.F. : [rire] une invention féministe ? Je lui dirais qu'il faut regarder les statistiques et voir combien de femmes meurent tous les jours sous les coups de leur conjoint. J'aimerais bien ! Ce serait cool si c'était une invention féministe ! [rire]


Si la personne est un homme, par exemple, je dirais que je comprends qu'il y ait quelque chose de très provocant là-dedans. Ce sujet existe malheureusement dans toutes les catégories socio-professionnelles, depuis longtemps mais ce n'est pas quelque chose dont on parle donc on a l'impression que personne n'est concerné. C'est aussi difficile d'accepter que ça existe. Ça renvoie à une image de notre société qui n’est pas agréable et qui fait peur !


Il y a beaucoup de gens qui le prennent comme une critique directe. Les hommes se sentent souvent agressés. Non, bien sûr, tous les hommes ne sont pas violents. Mais la plupart des agresseurs sont des hommes et il faut que les hommes, aujourd'hui, soient solidaires pour faire changer ce genre de choses ! Aucun homme n'a envie d'être un agresseur. Aucun homme n'a envie d'avoir de mauvaises relations avec sa famille à cause de ça.



Enfin, la dernière question : Quelle est la chose selon toi qu'il faut faire en priorité pour éliminer les violences faites aux femmes ?

C.F. : Je pense qu'il faut éliminer les stéréotypes de genres [rire]. Réponse courte. Il y a 1000 façons de le faire. La violence n’arrive pas tout d'un coup un jour où on se lève et on devient violent sur son conjoint. La violence arrive par petits glissements : il y a une représentation de la femme qui est un peu inférieure, le fait d'avoir recours à la violence est accepté par la société, les femmes ont un salaire qui est moins élevé donc leur travail est moins valorisé… les représentations de stéréotypes de genre prédéterminent, légitiment l'existence de la violence !


Ensuite, la violence n’est pas que physique. Ça peut être aussi économique. Dans le cas où les femmes sont moins payées, elles sont dépendantes de leur conjoint. La violence ça peut être verbal. Le sexisme de rue en est une. La violence peut aussi être psychologique et pour arriver à tacler toutes ces violences-là, il faut complètement déraciner les stéréotypes de genres parce que c'est ce qui est à la racine de tout le mal [rire]. Je pense que c'est fondamental.



#LesEntretiens #Activiste #Suède